Préparation césarienne – Le témoignage de B comme Balthazar

Ce jeudi Préparation césarienne est cette fois-ci consacré au témoignage de B comme Balthazar. Une maman qui a accouché par césarienne programmée en mars dernier à la maternité des Bluets dans le 12ème arrondissement de Paris. Un témoignage beaucoup moins avantageux que la semaine dernière cette fois, tant sur la communication de l’équipe médicale en amont que pendant la césarienne en elle-même. Je pense que beaucoup de mamans qui ont vécu une césarienne se retrouveront dans les (res)sentiments qu’elle décrit suite à la naissance de son bébé.

N’hésitez pas à m’envoyer le vôtre à mystsuki@gmail.com 

jeudisc


L’équipe médicale vous a-t-elle assez informée sur ce qui allait se dérouler le jour J ?

J’avais été informée qu’il s’agirait d’une césarienne programmée, puisque le bébé était très très mal positionné et que ni version ni acupuncture n’avait fonctionné. Pour être tout à fait exacte, ils nous ont même laissé le choix de tenter l’accouchement par voie basse, mais dans mon cas c’était un peu un faux choix car la position mi siège mi transverse du bébé (oui oui, il fait dans l’original) rendait extrêmement probable la césarienne en urgence après quelques heures de travail. Entre césarienne en urgence et césarienne programmée, on a choisi.

En revanche j’ai reçu très peu d’informations sur le déroulement de la césarienne, ses suites, ses conséquences… dès que ça a commencé à sentir le roussi (césarienne en vue), j’ai systématiquement demandé « Et en cas de césarienne ? Et en cas de césarienne ? » en cours de préparation, car les sages femmes n’abordaient que l’accouchement voie basse, dans toutes ses dimensions. Je me sentais déjà mise à l’écart.

Quand la césarienne a été décidée, ils m’ont dit que je recevrai un livret explicatif. Je l’ai effectivement reçu… le matin de la césarienne ! On l’a donc lu dans le taxi en allant à la maternité. Autant dire que c’était trop tard (en plus d’être très succinct) et que le petit laïus sur la disponibilité du personnel pour en parler avant en cas de besoin… a eu du mal à passer. Heureusement que je m’étais un peu renseignée sur internet avant, mais si j’avais dû compter sur la maternité, je n’aurais rien su du tout de ce qui m’attendait.

Comment cela s’est-il déroulé ? 

On est arrivés à la maternité le matin même, j’ai pu prendre une douche de bétadine chez moi, tranquillement. On est arrivés le matin vers 9h et le bébé est né vers 11h je crois. Le papa a pu assister à l’opération, j’étais réveillée, et ils ont posé le bébé quelques minutes sur moi juste après la naissance. Puis ils sont partis avec mon mari et mon fils, qui ont pu profiter de 40 minutes de peau à peau environ : comme le bébé allait bien, ils n’ont pas fait les premiers soins tout de suite, ils les ont laissé profiter du peau à peau.

Sur le papier tout est parfait donc. Et je dois bien dire, pour rassurer les futures mamans qui accoucheraient là bas, que leur protocole de césarienne est formidable : peau à peau tout de suite dès ma descente du bloc, première mise au sein immédiate, décision de retarder les premiers soins pour nous laisser faire connaissance avec notre bébé tous les trois, présence du papa au bloc… toutes les conditions sont réunies pour que la césarienne se passe au mieux.

Comment l’avez vous vécu physiquement et surtout psychologiquement ? Avez-vous eu besoin de faire le deuil de cette naissance idéalisée ?

Même si sur le papier tout est parfait, dans la réalité ça s’est révélé beaucoup moins rose. Ça ne tient qu’à une chose : l’équipe médicale qui s’est occupée de moi. J’imagine que c’est une question de chance, en l’occurrence je n’en ai pas eu. Il y avait deux sage-femmes hommes, ce qui ne m’aurait pas dérangée s’ils avaient été un tant soit peu gentils ou juste simplement humains. L’un était un peu plus compréhensif, mais celui qui semblait le « diriger » était très froid et complètement indifférent, ne m’adressant la parole que pour le strict minimum, faisant les 100 pas dans le bloc pendant la préparation de l’opération sans me dire un mot. L’autre était resté avec mon mari, avant et après l’opération. J’ai appris ensuite qu’il avait été adorable avec lui, lui disant bien de me rassurer sur le fait que j’avais vraiment accouché, même si c’était une césarienne, etc. Dommage qu’il n’ait pas été là au bloc avec moi, j’aurais eu besoin de l’entendre ou du moins, d’être en face de personnes humaines, mais je me suis trouvée face à des robots. Méchants non, juste indifférents. Personne ne m’a parlé pendant toute la préparation au bloc, mon mari ne pouvait pas encore entrer, j’étais seule, nue, stressée, bras attachés, et eux parlaient entre eux de problèmes administratifs ou d’engueulades entre membres du staff, sans m’adresser la parole. Le (enfin la) médecin qui m’a accouchée ne s’est même pas présentée, je n’ai pas su qui c’était. Ces moments, avant et après la naissance, sans mon mari, m’ont semblé interminables et quasiment insoutenables. Il aurait suffi de quelques mots gentils, d’un simple « Tout va bien se passer », « Vous avez un beau bébé », rien de bien compliqué en somme, pour que tout soit différent. Je me suis sentie plus qu’humiliée : absente, comme si je n’étais pas une personne. Encore maintenant je garde beaucoup de colère en moi contre le personnel médical, contre leur indifférence, l’exaspération qu’ils se sont permis de manifester quand la rachianesthésie a commencé à me faire vomir. J’avais très clairement l’impression qu’il s’agissait d’une routine ou même d’une corvée pour eux. Pour moi c’était la naissance de mon premier enfant, ils me l’ont volée. 7 mois après je ne peux pas en parler sans que les larmes montent contre mon gré. Il me faudra du temps pour accepter ces moments et ces souvenirs.

Avez-vous pu en discuter avec d’autres ? (Autres mamans césarisées, personnel médical, votre entourage)
Quel sentiment ces discussions vous ont-elles renvoyé ? Ils échangeaient avec vous, ou encore ne savaient pas quoi vous répondre, ou vous écoutaient simplement ou bien ont refusé de comprendre… ?

Mon mari a été merveilleux, il comprenait tout, me soutenait en tout. Plus difficile d’en parler à l’extérieur. Les gens sont gênés, ou bien la tyrannie du « Tu as un bébé en bonne santé, c’est l’essentiel » effaçait tout sur son passage. Je suis consciente de ma chance, nous allons bien tous les trois, c’est déjà merveilleux, mais ça n’efface pas le traumatisme. J’aurais eu besoin d’une écoute compréhensive, qui ne juge pas uniquement à l’aune du physique qui va bien. Oui on allait bien, mais j’ai manqué la première rencontre avec mon fils, je n’étais pas là, pas émotionnellement disponible. Ça a marqué les premiers mois de notre relation, cette culpabilité, cette difficulté à me sentir authentiquement maman, ce sentiment comme d’imposture. A aucun moment ils ne m’ont fait sentir actrice de la naissance, ou même sentir maman. Il aurait peut-être suffi d’un « Félicitations » pour que je me sente maman dans leurs yeux, et non pas opérée de l’appendicite ou de je ne sais quoi ! Même en suite de couches, je n’ai vu que des infirmières, pas de sage-femmes.

On ne m’avait pas non plus assez prévenue des suites de césarienne, que j’ai trouvé très douloureuses ( premiers levers très difficiles, douleurs des contractions à chaque tétée, cicatrice fragile, ventre qui tire en permanence…) .

Aujourd’hui tout va très bien, si bien même que j’attends un bébé pour fin mars ! Avec deux grossesses si rapprochées, ce sera encore une césarienne. Mais cette fois-ci je suis préparée. Déjà j’ai changé de maternité : je suis suivie à Necker où pour le moment tout se déroule comme sur un nuage, avec des médecins et sage-femmes adorables. J’ai rédigé un projet de naissance avec l’aide de l’une d’entre elles. Je sais à quoi m’attendre pour les suites de césarienne, et je saurai sortir de mon rôle de « petite fille sage » pour me faire entendre si besoin. La relation « médecin tout puissant », c’est fini pour moi. A 25 ans et primipare je n’ai pas su résister mais à 26 ans, forte de mon expérience passée, de l’amour des deux hommes de ma vie et du futur amour qui arrive, je saurai m’imposer pour exister comme personne et comme maman pendant mon accouchement.

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5 réflexions sur “Préparation césarienne – Le témoignage de B comme Balthazar

  1. Plus je lis de témoignages, plus je me dis que j’ai eu de la chance… Le pire, c’est que j’ai toujours entendu vanter les mérites de la maternité des Bluets pour leur humanité ! J’espère sincèrement que cette blogueuse va mieux, et je lui souhaite beaucoup de bonheur avec son second bébé (c’est marrant, moi ils m’avaient dit de ne pas « lancer » de nouveau avant un an).

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    • Coucou Kleo ! Merci de t’inquiéter mais je te rassure, tout va bien maintenant. Bon je pense que le traumatisme reste un peu enfoui quelque part au fond, mais j’ai bon espoir qu’une seconde césarienne mieux préparée et mieux vécue m’aide à passer au dessus de ces souvenirs. Le pire c’est qu’on avait justement choisi les Bluets pour ce côté très humain, nature, ami des bébés etc dont on avait beaucoup entendu parler aussi ! C’est pour ça que je voulais souligner que leur protocole médical de césarienne est génial, ça confirme leur réputation, c’est simplement que voilà, pas de bol, j’ai du tomber sur une équipe mal lunée ce jour là, ou blasée de la « routine » de la césarienne programmée. Mais je reste convaincue que d’un point de vue purement organisationnel on a déjà eu de la chance, que le papa puisse être là, qu’ils me laissent avec mon bébé très vite après la redescente du bloc etc. Ce n’est déjà pas un acquis dans tous les hopitaux donc bon, j’essaie de retenir aussi ce positif.

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      • Peu importe la raison, le comportement de cette équipe reste inadmissible. Le traumatisme, même si il se résorbe avec le temps, reste à vie sur la maman après ! Je te souhaite de tout coeur que la prochaine se passe avec une équipe de choc 🙂

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    • Il est vrai qu’il est en général déconseillé de lancer une autre grossesse moins de 1 an après une césarienne car les risques de rupture utérine sont plus importants sur une cicatrice « fraîche ».

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  2. C’est vrai que, après les dix minutes (qui selon moi ont duré 30 secondes) avec mon bébé, celui-ci est resté en nursery pendant que j’étais en salle de réveil au deuxième étage, et que mon mari faisait les allers-retours. Ca a duré environ deux heures, je dirais.
    D’un autre côté, comme nous sommes deux grands angoissés, je pense qu’on était plus rassurés de la savoir surveillée par des gens qui s’y connaissaient plutôt que par moi qui étais dans les vapes ou mon mari qui osait à peine la prendre dans ses bras.

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